La colonie au tragique destin de Purrysburg en Caroline du Sud était essentiellement le fruit du rêve d'un homme - ou peut-être de ce que l'on pourrait appeler son obsession.

 

Jean-Pierre Pury est né à Neuchâtel en 1675, fils d'un chaudronnier qui est décédé alors qu'il n'était qu'un nouveau né. Très jeune, à l'âge surprenant de 18 ans, il est appointé collecteur d'impôt dans le village de Boudry, mais est démis de ses fonctions l'année suivante.  En 1709 il devint maire du village de Lignières, mais la malchance le suit: sa maison est détruite dans un incendie, et son commerce d'exportation de vin fait banqueroute. Très endetté, il démissiona de sa fonction de maire en 1711, et se mit au service de la compagnie hollandaise des Indes orientales.

 

In 1713, le "caporal" Pury escorta 70 recrues à Java, faisant escale au Cap en Afrique du Sud sur le chemin.  Dès ce moment, il semble que son rêve de colonisation européenne est né: il vit la possibilité d'agrandir la petite communauté déservant le port en une colonie majeure qui pourrait exploiter tout le potentiel de ce territoire vierge.  Il fit une proposition qu'il envoya aux directeurs de la compagnie, mais fut forcé de continuer son voyage jusqu'à Batavia (maintenant nommé Jakarta) sans recevoir de réponse.

 

Pury resta à Batavia pendant environ 4 ans, mais sa vision coloniale ne l'a jamais quitté, et en 1717 il présenta une nouvelle proposition de colonisation à la compagnie - cette fois concernant l'Australie, qui était alors connue sous le nom de Nouvelle Hollande. Basé sur ce qu"il avait vu en Afrique du Sud, il croyait fermement que le site idéal pour implanter une colonie européenne était à 33° Nord ou Sud de l'équateur, et que la fertilité des terres dépendait de sa latitude. Malgré les lettres et pamphlets persuasifs de Pury, ses propositions ont été rejetées une fois de plus.

 

Toujours déterminé, Pury tourna son attention vers le Nouveau Monde, et en 1724, après son retour à Neuchâtel, écrivit à George I, proposant la fondation d'une ville en Caroline du Sud (qui était depuis peu sous contôle de la Couronne britannique).  Il recruterait 600 "suisses protestants pauvres" comme colons en retour de 24,000 acres de terrain pour lui-même et le rang de colonel.  Un grand nombre d'émigrants potentiels se rassemblèrent à Neuchâtel en October 1726, mais le support financier promis ne se matérialisa pas, et à la fin, les authorités neuchâteloises durent intervenir pour donner assez d"argent aux indigents délaissés pour pouvoir rentrer chez eux, Pury et ses associés ayant fuit. Un petit nombre de personnes de ce groupe trouvèrent le moyen de rejoindre l'Angleterre via la Hollande pour finir en Caroline du Sud.

 

En 1730, Pury présenta de nouvelles propositions à la Couronne, qui finalement furent fructueuses. Conscient et méfiant vis à vis de la présence de la colonie française voisine en Louisiane, et de la présence espagnole dans le Sud, le gouvernement britannique était prêt à encourager la colonisation, et l'année suivante, Pury visitait la Caroline du Sud, et présentait ses plans à l'Assemblée Générale à Charlestown, avant de choisir le site de sa future colonie près de la rivière Savannah, quelques 30 miles à l'intérieur des terres.  Il reçu le rang de colonel par la Couronne, et on lui promis 12,000 acres de terres à disposition exemptes de location  - plus tard augmentées à 48,000 acres.

 

Pury envisagea une colonie largement agraire, cultivant soie, chanvre et indigo pour l'exportation, et de retour à Neuchâtel, il publia un pamphlet décrivant la Caroline du Sud dans des termes exagérés, qui provoquèrent un intérêt considérable parmi les colons potentiels. Le premier contingent de 150 arriva à Charlestown à la fin de l'automne 1732, avec d'autres arrivant régulièrement pendant les quelques années suivantes: principalement des suisses de Neuchâtel et des cantons francophones, mais aussi quelques suisses allemands et protestants français.

 

Purrysburg se développa en une bourgade d'environ 600 habitants, mais ne se développa jamais autant que Pury l'avait espéré.  Le site sur le lieu "Yamasee bluff" avait été choisi principalement pour des raisons de défense militaire, et une grande partie du terrain était totalement inadapté pour l'agriculture. C'était trop loin à l'intérieur des terres pour la navigation commerciale, et était entouré de marais très favorables à la malaria. Les colons souffrirent amèrement de la chaleur et de la maladie, et il y eu des disputes concernant l'allocation des terres presque depuis le début, alors que beaucoup reçurent des terrains qui étaient complètement sans valeur.

 

Jean-Pierre Pury est mort en 1736, et son fils aîné Charles a été assassiné lors d'une révolte d'esclaves en 1754. Beaucoup des colons partirent rejoindre des villes plus prospères, et Purrysburg avait complètement disparu à la fin du 19ème siècle.  Aujourd'hui une croix de pierre marque son emplacement original.

 


 

Dans les colons de Purrysburg liés à notre généalogie sont inclus David Huguenin (né 1672) et sa femme Susanne Jacot (née 1685), ainsi que Josué Robert (né 1665).

 

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Louis-Edouard Roulet: Jean-Pierre Pury in Biographies Neuchâteloises vol. 1, Editions Gilles Attinger, Hauterive, 1996

Henry A M Smith: Purrysburg in The South Carolina Historical & Genealogical Magazine, October 1909