
En 1752, il y avait 460 horlogers dans les montagnes neuchâteloises et dans le Val-de-Travers, et en 1791 ce chiffre se monte à 3’500. D’autres artisans prospèrent également, émailleurs, lapidaire, doreurs, mécaniciens de précision tournent leur attention vers les demandes de l’horlogerie et la main d’œuvre locale est renforcée par des travailleurs migrants.
La Chaux-de-Fonds est à l’origine un lieu d’estivage pour des paysans du Val-de-Ruz, mais le village grandit suffisamment, suite à la démographie galopante, pour avoir sa propre mairie en 1656. Avec l’arrivée de la dentellerie et de l’horlogerie, le village évolua en une ville prospère, rivalisant avec le Le Locle en taille et en importance.
Les contacts étroits de la région avec la France voisine ont engendré une forte sympathie pour la Révolution et les idéaux républicains. La littérature “Subversive” d’outre frontière a été interdite par le gouvernement neuchâtelois, mais les contacts journaliers avec les marchands, les soldats et plus tard avec les réfugiés français ont continués d’influencer l’opinion locale, particulièrement dans les centres industriels du Locle et de la Chaux-de-Fonds. En 1792, plus de 1’000 habitants des montagnes neuchâteloises traversèrent la frontière pour célébrer l’enterrement de la monarchie française à Morteau, et certains prêtèrent serment à la république française. Deux sociétés patriotiques furent formées au Locle et à la Chaux-de-Fonds, les “bonnet rouges de la liberté“ furent distribués aux sympathisants, créant des confrontations avec ceux restés fidèles à la Prusse. Dans les montagnes, seul la vallée de la Sagne resta généralement fidèle à la monarchie, Mais les lourdes forces dissuasives du gouvernement de Neuchâtel mena à la dissolution des sociétés patriotiques, et mena au départ de plus de 300 familles du Locle et de la Chaux-de-Fonds pour Besançon en 1793.
En 1798, La Suisse fut envahie par les troupes françaises, mais Neuchâtel ne fut pas touchée grâce à ses liens avec la Prusse. Après la défaite d’Autriche à la bataille d’Austerlitz en 1806, Friedrich-Wilhelm III céda Neuchâtel à Napoléon, qui le plaça dans les mains du maréchal Berthier. Berthier ne vint jamais dans sa principauté, mais durant son bref règne on construisit les routes majeures reliant La Chaux-de-Fonds et la vallée de La Sagne à Neuchâtel. Après la défaite de Napoléon, Neuchâtel fut revendiquée par la Prusse. Mais la principauté s’était rapprochée de la Confédération Suisse, et après négociations, fut reconnue simultanément principauté prussienne et canton suisse en septembre 1814. |

Soulèvement républicain de 1848. |
Le mouvement républicain grandissait en importance, et en 1831 une première tentative de renverser le gouvernement échoua rapidement mais qui a eu pour effet de diviser le canton irrévocablement en royalistes et républicains. L’abdication de Louis-Philippe en France en février 1848 donna l’impulsion finale aux républicains, qui s’assemblèrent à La Chaux-de-Fonds et négocièrent avec les autorités. |
Le 29 février, des patriotes au Locle brandirent le drapeau Suisse et prirent contrôle du de la ville, déclarant Neuchâtel une république: une déclaration qui trouva rapidement un écho favorable dans les montagnes neuchâteloises. Le jour suivant, les troupes républicaines marchèrent de la Chaux-de-Fonds à Neuchâtel sous le commandement de Fritz Courvoisier, et prirent contrôle du château sans effusion de sang, le gouvernement décidant sagement de ne pas opposer de résistance. Un gouvernement provisoire fut alors installé sous Alexis-Marie Piaget, et le nouveau statut de Neuchâtel fut rapidement reconnu par la plupart des puissances européennes. Une contre-révolution échoua en 1856, et la Prusse renonça à ses droits sur le canton en 1857.
Sous la nouvelle constitution républicaine, l’école élémentaire devint obligatoire, et le 19ème siècle vit la construction d’écoles de différents types dans la région. La première ligne de chemin de fer dans le canton a été construite entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds en 1857, et s’étendit jusqu’à Neuchâtel en 1860, réduisant l’isolation des villes et villages des montagnes. La mécanisation fit son apparition graduellement et de grandes fabriques remplacèrent la multitude des petits ateliers. La Chaux-de-Fonds grandit rapidement pour devenir la plus grande ville du canton, partiellement grâce à l’arrivée d’émigrants suisses allemands.
En 1870, les montagnes neuchâteloises se trouvèrent dangereusement près de la guerre franco-allemande. Des armes destinées à la France furent confisquées aux Verrières, et plus de 12,000 allemands et de suisses fuyèrent la France au travers du canton lorsque la guerre éclata. Des troupes furent mobilisées pour défendre les frontières neuchâteloises, et quand l’armée du Général Bourbaki fut vaincu en février 1871, le canton fut autorisé d’accueillir les soldats en déroute aux Verrières: c’est le premier exemple d’aide internationale par la Suisse.
Des troupes furent mobilisées de nouveau lors des deux guerres mondiales, et la récession toucha durement les montagnes neuchâteloises dans les années 1920 et 1930. L’horlogerie a été restructurée et de nouvelles industries s’installèrent peu à peu. La région n’est plus liée à la seule horlogerie, bien que les musées d’horlogerie de la région témoignent de cette longue tradition. Dans leurs hautes vallées entourées de forêts de sapins, villes, villages et fermes isolées des montagnes neuchâteloises allient modernité et 850 ans de tradition. |