Les terres fertiles et relativement accessibles du littoral neuchâtelois étaient habitées par l'Homme déjà au Néolithique, mais l'histoire écrite de cette région commence en 998 avec la fondation d'un prieuré de Cluny à Bevaix par des moines de Payerne.  A peu près en même temps, Rodolphe III, prince de Bourgogne, construisait le "novum castellum" qui donnera son nom à Neuchâtel, et qu'il légua à sa femme Irmengard en 1011, en même temps que d'autres propriétés à Auvernier et à St-Blaise. 

 

Le royaume de Bourgogne occupait une place relativement importante en Europe à la fin du premier millénaire, pris en étau entre le royaume des Francs et le Saint Empire, mais pour d'obscures raisons, Neuchâtel est passé dans les mains des Seigneurs de Fenis, une dynastie mineure de la région de Bienne, qui a plus tard adopté le nom de Neuchâtel.  Le premier Seigneur de Neuchâtel était Rodolphe, qui est décédé environ en 1149.  C'est le fils de Rodolphe, Ulrich II qui a commencé de construire la collégiale (l'église) près du château, mais il est mort longtemps avant qu'elle soit terminée un siècle plus tard: Elle a été consacrée à la Vierge Marie le 8 Novembre 1276.

 

Arms of the Counts

of Neuchâtel

Les Seigneurs de Neuchâtel sont devenus Comtes, et en 1214 ils accordent un statut de franchise à leurs sujets, établissant leur indépendance.  Après la mort d'Ulrich II, son petit-fils (héritier du fils aîné d'Ulrich) a hérité Neuchâtel, alors qu'un fils plus jeune, Ulrich III a hérité d'autres terres. L'un des fils d'Ulrich III - un autre Ulrich - héritera ensuite d'Aaberg et de Valangin.

 

Berthold agrandira le territoire de Neuchâtel en direction du Val-de-Travers et du Val-de-Ruz, et augmentera également son influence en direction de plusieurs villages du littoral. Lui et ses descendants ont renforcés leur position par des mariages et des alliances politiques jusqu'à ce que la lignée mâle de la Maison de Neuchâtel s'éteigne en 1395, moment ou la possession passe à la Maison de Fribourg-en-Brisgau, puis à la dynastie de Hochberg.

 

Philippe de Hochberg agrandira l'importance de Neuchâtel en se mettant au service de la couronne de France, devenant Maréchal de Bourgogne sous Louis XI, Grand Chambelan de Charles VII.  Sa fille Jeanne épousera Louis d'Orléans-Longueville, amenant Neuchâtel encore plus fermement sous l'influence de la France.

 

Neuchâtel prospéra sous les Hochbergs et sous la famille d'Orléans, profitant de bien des bénéfices de la Renaissance française. Pourtant, au début du 16ème siècle, la Confédération Suisse (qui ne contenait pas Neuchâtel) s'est alliée aux ducs de Milan pour combattre les français, ennemi de Milan, et les confédérés ont pris brièvement contrôle de l'administation de Neuchâtel.  Ils rendirent son héritage à Jeanne de Hochberg en 1529, laissant leurs armoiries cantonales sur le mur Sud du château: souvenir resté jusqu'à nos jours de ce bref interlude.

 

 

Statue of Guillaume Farel at Neuchâtel

A partir de 1517, lorsque Martin Luther cloua ses 95 thèses sur la porte de l'église du château de Wittenberg, la Réformation a commencé à se répandre au travers de l'Europe, initiée en Suisse par Huldrych Zwingli.  Le mouvement a atteint  Neuchâtel en 1529 amené par le réformateur français Guillaume Farel, et a été adopté définitivement en octobre 1530, lorsque les neuchâtelois enlevèrent les "idoles" ornant la collégiale.  La statue de Farel le montre la Bible levée et debout sur des débis de statues.

 

La conversion de Neuchâtel au protestantisme a causé quelques tensions avec la famille d'Orléans, qui adhérait encore à la foi catholique, ce qui a culminé en 1625, quand Henri II d'Orléans fit des plans pour bâtir une nouvelle ville à proximité pour détruire le prestige de Neuchâtel.  "Henripolis" devait être située à l'extrémité nord-est du lac de Neuchâtel, et aurait dû devenir un centre d'échange et de commerce majeur. Pourtant, le projet n'aboutit pas, condamné par Berne qui le voyait comme un danger.

 

Pour la maison d' Orléans-Longueville, Neuchâtel était une possession mineure, obtenue par mariage, et qu'il ne visitait pas souvent. A différentes occasions ils considérèrent sa vente à Fribourg, Berne, Soleure et à la Savoie, mais ces négotiations échouèrent. En même temps, et pour protéger leurs intérets à Neuchâtel, ils acquérirent les seigneuries de Colombier en 1546 et - après maintes disputes - Valangin en 1592.  C'est à partir de ce moment là que le territoire de Neuchâtel a commencé à ressembler au canton que nous connaissons aujourd'hui.

 

 

In 1707, Marie de Nemours, Princesse de Neuchâtel et dernière descendante de la maison d'Orléans-Longueville est décédée sans héritier direct. Plusieurs prétendants ont immédiatement prétendus à leurs droits à la succession de Neuchâtel, notamment le Prince de Conti, qui avit déjà essayé de disputer la succession à Marie de Nemours après la mort de Henri II. Pourtant, cette fois, les citoyens neuchâtelois ont fait appel aux puissances Européennes pour être autorisés à choisir leur propre souverain, et la Cour des trois Etats à été désignée, consistant de douze membres de l'aristocratie et de la bourgeoisie locale. Leur tâche était de choisir le candidat le plus méritant pour devenir Prince de Neuchâtel.

 

Plus de vingt candidats de toute l'Europe prétendirent à la succession, et après considération, la cour se fixa sur la maison de Hohenzollern, la maison règnante de Prusse. Leur choix était partiellement basé sur les droits généalogique, mais aussi sur le fait que Friedrich I était un Prince protestant ce qui pourrait être avantageux si il régnait. Leur choix s'est prouvé être un choix très sage: en général, ces princes géographiquement éloignés ont rarement interférés activement dans les affaires de Neuchâtel, et sous la Prusse, Neuchâtel s'est développée et a prospéré.

 

Au cours du 18ème siècle, la paix relative en Europe a bénéficié au commerce à Neuchâtel et ailleurs, et les banquiers ont commencés à investir dans les nouvelles industries et manufactures.  Les village du littoral ont commencés à produire des dentelles et des tissus imprimés connus sous le nom d'indiennes, alors que différentes entreprises ont ouvert dans la ville de Neuchâtel.  La ville déborda de ses anciennes murailles, et des citoyens aisés constuisirent d'élégantes résidences près du lac.



 

L'Hôtel Du Peyrou, constuit entre 1764 et 1771



 


Au début du 19ème siècle, la principauté de Neuchâtel est devenue un pion sur l'échiquier complexe de l'Europe - mais c'est le peuple qui a eu le fin mot de sa destinée.

 

In 1798, la Confédération suisse a été envahie par la France, sous Napoléon, mais Neuchâtel a été épargné parce que les français ne voulaient pas d'antagonisme avec la Prusse.  Quelques années plus tard, pourtant, la Prusse s'est trouvé affaiblie par la défaite d'Autriche à la bataille d'Austerlitz, et en 1805, Friedrich-Wilhelm III accepta la proposition de céder Neuchâtel à la France et Ansbach à la Bavière en échange de l'électorat de Hanover.

 


 

Pont Alexandre près de Neuchâtel

par Alexandre Girardet

Napoléon accorda la principauté de Neuchâtel au Maréchal Alexandre Berthier, son Chef d'armée, qui ne visita finalement jamais le territoire pendant son court règne. Néanmoins, il montra un intéret réel pour les finances de Neuchâtel et son infrastructure, c'est lui qui est responsable de la construction de plusieurs nouvelles routes reliant le Haut et le Bas de la principauté, et d'un pont majeur traversant la Serrière.

 

Le Maréchal Berthier a aussi dressé des plans pour développer les forêts, augmentant le nombre de forestiers.  Il retira le droit de chasser sans permis pour ses sujets, et limita la saison de chasse. Il ordonna de clôturer les champs cultivés, et interdit d'utiliser les champs comme pâtures après la moisson.  Ces changements dans les traditions étaient peu appréciés par ses sujets, quoiqu'ils étaient en train de s'imposer dans toute l'Europe à ce moment là.

 

L'action la moins populaire de Berthier dans la principauté a été de lever un bataillon de troupe pour Napoléon, connu sous le nom "Bataillon Berthier" ou le "Bataillon des Canaris" à cause de leurs uniformes jaunes.  Les nombre n'ont été atteint qu'avec difficulté, et les citoyens de Neuchâtel ont trouvé dur d'accepter l'absence - et trop souvent la mort - de leurs hommes dans des guerres "étrangères".

 

Après la bataille de Leipzig en 1813, l'ultime défaite de Napoléon commença à sembler inévitable, et des manoeuvres diplomatiques commencèrent dans le but de remodeler l'Europe déchirée par la guerre. Le futur de Neuchâtel était l'un des nombreux point irrésolus, et ses citoyens avaient la ferme intention de prendre leur destin en main. La révolution française avait introduit des idéaux républicains dans la principauté, et Neuchâtel s'approacha de la Confédération suisse, demandant d'être ajoutée dans le nouveau Pacte fédéral en cours de discussion. Neuchâtel a été officiellement admise dans la Confederation comme le 21ème canton Suisse en 1814, mais le congrès de Vienne de 1815 décida que Neuchâtel devrait avoir un double statut: Il approuvait la réorganisation de la Confédération, mais en même temps décrétait que Neuchâtel devrait être rendu à la Prusse, faisant de Neuchâtel à la fois une principauté et un canton. 

 

 

 

Monument de la République at Neuchâtel

La période de 1814-1831 représente le chant du cygne de l'Ancien Régime à Neuchâtel: superficiellement, l'ancien ordre a été restauré avec le retour de la principauté à la Prusse, et le gouvernement local (appointé par la Prusse) bloque toute forme de changements démocratiques.  Pourtant, sous la surface, le mécontentement augmente, et en 1831, des sympathisants républicains armés sous le commandement d' Alphonse Bourquin occupe brièvement le château.  Ils échouent à constituer toute forme de gouvernement provisoir, et furent persuadés de partir par des médiateurs suisses, mais leur tentative a eu l'effet de polariser le canton en camps républicain et royaliste.

 

L'exemple de Louis-Philippe détroné en France pendant la révolution de février 1848, donna l'élan final nécessaire aux républicains neuchâtelois, et le 1er mars, Fritz Courvoisier mena des troupes du haut du canton dans une marche triomphale à Neuchâtel. Un gouvernement républicain fut installé, mais les royalistes tentèrent une contre-révolution en 1856, et ce n'est pas avant 1857 que la Prusse renonça à ses droit sur Neuchâtel.

 

Le nouveau gouvernement républicain mis en place des réformes des systèmes fiscaux, de l'éducation et de la justice sous son premier président, Alexis-Marie Piaget.

 

 

Le 19ème siècle vit la naissance de l'industrialisation à Neuchâtel.  Alors que l'économie des villages littoraux dépendait encore lourdement de l'agriculture et de la viticulture, l'industrie commenca a gagner en importance. La production des "indiennes" disparaissait, mais l'horlogerie était en plein essors, au bénéfice du canton. En 1826, Philippe Suchard ouvrit sa fabrique de chocolat à Serrières, et d'autres industriels majeurs s'installèrent comme par exemple la fabrique de métiers à tisser Dubied construite à Couvet en 1864 et la compagnie des Cables électriques de Cortaillod qui a ouvert en 1879.

 

Des écoles, des institutions scientifiques et littéraires ont été créées, et l'Académie de Neuchâtel (qui deviendra plus tard l'Université) ouvrit en 1838.  Le Musée neuchâtelois d'Histoire Naturelle, a été fondé en même temps. Il est l'un des plus vieux de Suisse. Neuchâtel possédait déjà le plus vieux journal francophone du monde, la Feuille d'Avis de Neuchâtel, publiée dès 1738, qui fut rejoint par un second journal, L'Impartial, apparu en 1880.

 

Après bien des luttes, la première ligne de chemin de fer ouvrit dans le canton en 1857 entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds, suivi par une ligne entre Neuchâtel et Le Locle, en 1860.  Le réseau s'aggrandit graduellement pour relier le canton à la France, mais il n'y pas eu de voie ferrée en direction de Berne jusqu'à 1901. Les villages du littoral étaient également reliés à Neuchâtel par un système de trams: initiallement tirés par des chevaux, les lignes ont été électrifiées aux alentours de 1897. Funiculaires, trolleybus et autobus ont été ajoutés plus tard au système des transports publiques.

 

La croissance économique ralentit avec l'éclatement de la première guerre mondiale, alors que les marchés d'exportations n'étaient plus disponibles, et la crise des années 1930 fut ressentie à Neuchâtel comme ailleurs. Pourtant, la deuxième moitié du 20ème siècle ramena la croissance économique, alors que des méthodes de production plus modernes étaient introduites, et que le canton s'investit dans des industries nouvelles telles que la microtechnologie.

 

La rivière du Seyon, qui originellement coulait en plein centre de Neuchâtel, a été partiellement détournée et couverte dès 1839.  A la fin du 20ème siècle, le trafic routier était devenu un problème majeur à Neuchâtel et le long des rives du lac: sans espace pour contruire une route de détournement entre la ville et la montagne. Un tunnel a donc été ouvert sous la ville de Neuchâtel en 1993, supprimant la plupart des problèmes routiers. Une autre série de tunnels couvre la route entre Neuchâtel and La Chaux-de-Fonds.