Menno Simons

L'arrivée du mouvement anabaptiste en Suisse n'a eu initialement peu ou pas d'effet dans le canton de Neuchâtel, où les habitants avaient bien accueilli la Réformation prêchée par Guillaume Farel et se joignaient à lui en rejetant les “hérésies” de ceux que l'on appelait les "re-baptiseurs".  Ce n'est pas avant la fin du 17ème siècle qu'un petit nombre de Mennonites venus du canton de Berne se sont installés des deux côtés de la frontière entre Neuchâtel et la France - dans une région suffisament éloignée et inhospitalière pour que leurs persécuteurs les laissent en paix.

 

Le premier afflux majeur de Mennonites dans le canton vint après que Friederich I, roi de Prusse, succède à Marie de Nemours comme souverain de Neuchâtel en 1707.  Conscient de la tolérance qu'il avait montré pour leur co-religionaires dans son propre pays, plusieurs Mennonites bernois saisir l'opportunité de prendre résidence à Neuchâtel, principalement dans le Val-de-Ruz et aux alentours de La Chaux-de-Fonds. Les autorités locales, pourtant, se mirent à se poser des questions à propos de ces étrangers que l'on ne voyait jamais à l'église, qui travaillaient le dimanche et refusaient de se joindre aux exercices militaires ou de porter des armes, et l'hostilité vis à vis d'eux se mit à augmenter.

En 1734, le gouvernement neuchâtelois écrivit à Friederich-Wilhelm I, successeur de Friederich I pour demander l'expulsion de tous les Mennonites du territoire de Valangin, auquel le Val-de-Ruz et la Chaux-de-Fonds appartenaient. Comme son père, le nouveau souverain était réticent à agir ainsi, appelant ses sujets à montrer de la “tolérance chrétienne”, mais il fut forcé d'accepter que tous les anabaptistes doivent quitter Valangin à la fin de 1742.  En fait, la plupart des familles affectées se sont simplement déplacées dans une partie différente du canton où il y avait moins d'opposition à leur présence, alors que ceux qui vivaient dans les régions les plus éloignées du Val-de-Ruz restèrent où ils étaient, tacitement ignorés par les autorités. Le manque d'efficacité de l'expulsion peut être mesurée par le fait que quand le décret est issu en 1739 il y avait 17 familles Mennonites sur le territoire de Valangin: en 1747 on en compte 22.

 

A partir d'environ 1750, des familles Mennonites commencèrent à s'installer sur le plateau isolé des Bressels dans la paroisse de la Sagne, et c'est là que la première assemblée Mennonite des montagnes neuchâteloises a été organisée, avec des cultes se tenant dans les foyers de ses membres - il n'y aura pas de chapelle Mennonite dans le canton jusqu'à 1894. Ils maintinrent des liens avec leurs compagnons Mennonites au delà de la frontière dans la région de Montbéliard en France, qui comme eux, étaient originaires du canton de Berne.

 

 


Graduellement la communauté Mennonite grandissante commenca a acquérir certains droits et un degré d'acceptation. En 1734, La Sagne fut le premier village à encourager la tolérance des étrangers et anabaptistes “pour autant qu'il se tiennent bien”!  L'épineux problème du service militaire a été temporairement résolu en 1769, avec l'exemption provisoire des Mennonites de cette obligation, et une confirmation officielle vint en 1792.  En 1773, la communauté Mennonite à Neuchâtel obtint un avantage crucial quand le gouvernement vota de leur allouer le droit d'acheter du terrain, et leur garantit qu'ils ne pourraient pas être expulsés à cause de leur religion. Jusqu-à ce moment, les Mennonites pouvaient seulement louer des terrains et n'avaient aucune sécurité ni aucune assurance de pouvoir garder la location. En 1819, les autorités neuchâteloises confirmèrent encore l'exemption au service militaire pour les Mennonites, mais décidèrent que tout homme valide âgé de 18-50 ans doit payer la taxe militaire lorsqu-il est exempté.

 

La révolution de 1848 qui fit de Neuchâtel une république amena également une garantie de la liberté du culte pour la communauté Mennonite.  Ironiquement, pourtant, cela provoqua un dilemme, quand en 1852 le nouveau gouvernement révoqua la loi de 1819 et insista que les Mennonites, comme tous les autres citoyens suisses, doivent faire leur service militaire si ils en sont physiquement capables. Comme le pacifisme était l'une des pierres angulaires de leur foi, beaucoup refusèrent d'obéir à cette loi, préférant quitter Neuchâtel dans une première vague d'émigration Mennonite vers les USA.  D'autres restèrent jusqu'à la guerre Franco-Prusse de 1870, quand les troupes de Neuchâtel furent mobilisées pour défendre la frontière, et qu'un conflit réel semblait possible. Cela produisit une seconde vague d'émigration, où des familles entières quittèrent le canton, s'installant principalement comme leurs prédécesseurs en Illinois, en Iowa et en Ohio.

 

Quelques Mennonites avaient déjà ouvert le chemin de Neuchâtel vers l'Amérique, notablement Michael Schlunegger, qui s'est installé en Ohio dès 1822. Il a été rapidement suivi par deux veuves intrépides, sa soeur Anna et sa belle-soeur Verena (“Fanny”) Liechti, chacune accompagniée par 7 enfants! Comme ceux qui sont restés en arrière, les premiers et les émigrants suivants étaient essentiellement fermiers, venus du canton de Berne et leurs descendants restèrent fidèles au dialecte suisse-allemand de leurs ancêres pendant de nombreuses années.

 

Pendant la seconde partie du 19ème siècle, la commumauté des Bressels a grandi, et commença à se répandre plus largement dans le haut du canton. En même temps, les Mennonites de ce qui est maintenant le canton du Jura se sont répandus en direction de l'ouest dans le canton de Neuchâtel. Pourtant, alors que les nouveaux venus étaient des Mennonites "évolués", ceux déjà établis à Neuchâtel avaient gardé la tradition Amish, et cela amena à quelques tensions jusqu'à ce que les deux groupes ce réconcilient et s'unissent en un seul corps, toujours présent et actif dans le canton aujourd'hui.



L'église évangélique des Bulles a son propre site web.



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Ch & C L Ummel: LEglise mennonite en pays neuchâtelois, 1969