Chaque émigrant a ses propres raisons personnelles et parfois complexes lui faisant choisir de quitter son pays natal et de rechercher une vie nouvelle dans un autre pays. Deux facteurs majeurs réapparaissent régulièrement lors de l’émigration suisse: les facteurs religieux et économiques.

 

La Suisse est un petit pays, montagneux manquant de surfaces agricoles, et qui jusqu’à comparativement récemment avait bien des difficultés à nourrir tous ses habitants.  Cela a créé inévitablement un flux continuel d’émigration avec des vagues majeures après la grande famine de 1816/1817, entre 1845-1855, et entre 1880-1885.  La majorité des émigrants est venue des cantons agricoles, et la plupart ont préféré continuer une existence rurale dans leur nouveau pays.  Pourtant, l’émigration à partir de la Suisse a commencé beaucoup plus tôt..

 

Pendant six cents ans des soldats Suisses ont servi comme mercenaires pour les souverains Européens, louant leurs services et combattant dans tout le continent et au-delà.  Pour la plupart de ces hommes, leur émigration n’était que temporaire, d’autres ont rencontré la femme de leur vie et se sont mariés et se sont établis dans leur pays adoptif après avoir terminé leur carrière militaire.  Ce mercenariat n’a stoppé qu’une fois que la Constitution Suisse de 1848 a interdit le service militaire à l’étranger à part la seule exception de la Garde Suisse au Vatican.

 

La plus grande vague d’émigration Suisse eu lieu au 19ème siècle, lorsque beaucoup de citoyens suisses quittèrent leur pays natal pour tenter leur chance en Amérique. Les communes leur donnèrent un appui financier pour le faire (typiquement 400 francs Suisses, ou 6 mois de salaire pour un ouvrier), afin d’avoir une bouche de moins à nourrir pendant une période de récession économique. L’argent était donné aux émigrants à la condition qu’ils ne reviennent jamais en Europe. S'ils désirent revenir un jour dans le pays de leur père, ils ont l'obligation de rembourser la somme avancée par l'Etat au taux de 4% par année, calculé à partir du jour de leur départ. Parfois encore, les autorités suisses abusaient quelque peu de la situation pour se débarrasser de leurs indésirables en accordant des subventions d'émigration à leurs indigents et oisifs pour ainsi réduire la pression de la surpopulation. Ce procédé à la fois efficace et bon marché était certainement moins apprécié dans le pays où ces émigrés forcés débarquaient!

 

En 1850, des annonces sont publiées régulièrement dans les journaux, placées par des agences de voyage bâloises, bernoises et françaises. Au départ du Havre, le voyage coûte de 80 à 100 francs suisses, selon si il y a peu ou beaucoup d'émigrants. La nourriture à bord vaut 40 francs. Elle se compose de 40 livres de biscuit, 5 livres de riz, 5 livres de farine, 4 livres de beurre, 14 livres de jambon, 2 livres de sel, 1 sac de pommes de terre et 2 litres de vinaigre. Les émigrants sont obligés d'apprêter eux-mêmes les repas. A cela, il faut ajouter le prix du transport au Havre (environ 60 francs) et de la nourriture pour les 4 à 5 jours passés dans la diligence. Des clippers traversent l'Atlantique en moins de 20 jours, rendant la traversée beaucoup plus facile que pour les premiers colons.

 

In 1857, les agences d'André Zwilchenbart à Bâle annonçaient des passages en paquebots pour New York, ainsi qu'en 3-mâts américains pour Nouvelle Orléans. 33 ans plus tard, en 1880, la même agence vantait des passages en paquebots à vapeur vers l'Amérique du Nord, le Canada et l'Amérique du Sud.

 

Pourtant, avec des agences moins scrupuleuses, les conditions à bord pouvaient devenir très précaires, et prévoyant un approvisionnement en nourriture insuffisant pour aller jusq'au port de destination. Suite à cela, en 1888 le gouvernement Suisse interdit toute publicité de ce type sans permis spécial.

 

LAustralie était une autre destination favorite des émigrants suisses au 19ème siècle.  Les vignerons francophones et les mineurs d’or tessinois (parlant l’italien) formèrent un large groupe de colons dans l’état de Victoria, alors que les fermiers suisse-alémaniques, les commerçants et les gens bien qualifiés s’installèrent un peu partout dans le pays.

 

Alors que la Réformation a été prêchée dans toute l’Europe, elle a été acceptée ou rejetée localement par chaque canton suisse individuellement. Bien que la plupart du peuple s’inclina face à la décision des autorités séculières, certains trouvèrent la situation inacceptable (que se soit dans un canton catholique ou réformé) et préférèrent rejoindre ceux qui partageaient leur foi. Certains changèrent de canton suisse, d’autres partirent au loin.

 

En 1525, un groupe qui pensait que la Réformation n’avait pas été suffisante s’est formé à Zürich, se nommant eux-même Brüderverein (Swiss Brethren). Ils n’étaient pas d’accord avec l’église Réformée d’état sur le point du baptême des enfants, insistant que le sacrement devrait être réservé aux croyants adultes, et qu’ils croyaient également en la séparation de l’église et de l’état. Leurs croyances ont été dénoncées comme hérétiques, à la foi par les églises catholiques et réformées, et les Frères furent violemment persécutés. Malgré cela, le mouvement anabaptiste s’étendit en Suisse et en Europe. Certains des membres devinrent connus comme Ménnonites d’après Menno Simons, un ancien prêtre catholique qui devint l’un de leurs premiers leaders, et les Ménnonites suisses s’éloignèrent des persécutions et trouvèrent refuge dans les cantons plus tolérants, ainsi qu’en Alsace, Allemagne, Hollande et Amérique. 

 

A la fin du 17ème siècle, un groupe mené par l’évêque Ménnonite suisse Jacob Ammann quitta l’église Ménnonite en désaccord sur la doctrine, et le mouvement de l’église Amish est né.  Quoique les deux groupes ont réconcilié leurs différences plus tard en Europe, et que les Amish ont réintégré l’église Ménnonite, ils restèrent séparés aux USA. Les émigrants Ménnonites suisses qui ont émigré aux USA se sont senti chez eux dans les deux communautés.

 

 

A la fin du 19ème siècle, bien des Suisses se sont convertis dans l’Église des Saints des derniers jours et ont émigrés aux USA pour joindre l’église Mormon et leurs communautés en  Utah, Nevada, Idaho et Arizona.